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C'est
une longue marche qui oblitère le soleil et neige d’aubépines. La saison
change de chaussures, le jour est moins vieux, les arbres anciens
savent. Encore un bel été se dit l’oiseau.
Ile Eniger

Passionnée, persuadée que rien n’est impossible, elle écrit la terre
brûlante, l’incontournable amour, la lumière silencieuse, le fil à
parcourir plus haut que les tiédeurs et les habitudes. Elle vit dans un
minuscule village de l’arrière-pays Niçois, entre le feu et la
glace.
Revues littéraires - Participation Abrégé d’Histoire
Littéraire Français/Roumain - Lectures/conférences - Cafés littéraires –
Salons du Livre - Ateliers d’écriture - Spectacles poétiques - Cies La Dégaine
Rêve et Les Chenilles Bleues.
Livres
Éditions Alternatives et Culture
Regards vers ailleurs (épuisé)
Éditions Corporandy
Empreintes (épuisé)
Éditions Cosmophonies
La parole gelée
Les terres rouges
Une pile de livres sous un réverbère
Du feu dans les herbes
Celle qui passe
Éditions Chemins de Plume
Du côté de l’envers (Dessins de Bellet)
Il n’y aura pas d’hiver sans tango, mon amour
Le bleu des ronces
Bleu miel
Terres de vendanges
Éditions Collodion
L’inconfiance - Sérigraphie Claire Cuënot
Éditions Le Librefeuille
Le désir ou l’oblique du jour - Livre d’artiste - Encres Michel Boucaut
Éditions Amapola
D'une île, l'autre – Correspondances poétiques avec Dominique Ottavi
Collectifs Poésie
Les Citadelles n0S 8, 9, 11, 12, 13
Lieux d'Etre n° 43
Revue Point Barre ° 4
Extraits de Presse
Ile Eniger écrit le rêve accompli dans le vécu. Une relation qui, pour
aller de l’absolu vers l’absolu, transite par l’incarnation. Histoire
d’amour dont l’arrêt sur image éclaire la profondeur et la transparence,
elle conjugue audacieusement douceur et passion et révèle, juste sous la
glace, un incendie. Livres-Hebdo
Ile marche nus pieds pour mieux sentir la musique des pierres. Elle
s’avance nue vers les terres rouges de l’amour. Elle est quelque part
sous un soleil de feu. Comme chacun de nous elle ne redoute et n’attend
qu’une chose, que surgissent de partout les loups de la passion. René
Frégni
Ile, vos poèmes m'enchantent, en vous lisant je pense à René Guy Cadou,
j'éprouve pour votre écriture la même émotion qui naît de l'évidence.
Jean Ferrat Chanteur
Ne vous fiez pas aux apparences, sous l'air sage de Ile Eniger, c'est un
volcan de poésie qui entre en éruption. Ses mots en fusion ne sont pas
moins brûlants que la lave, et s'ils dévastent les lecteurs, c'est pour
mieux réveiller en eux un goût de vivre qui emporte tout sur son
passage. Olivier Joseph Editeur
Ile surveille ses mots comme une chatte. Ses portées sont toujours très
belles. Jean-Marc La Frenière
Ile Eniger tisse une oeuvre à part où chaque mot s'ajuste "au
millimètre" à l'ensemble. Son écriture a quelque chose d'hypnotisant,
d'extrêmement concentré. Elle nous retient à la frontière de ce qui se
dit et du silence de la contemplation. André Chenet
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Québec
Extrait de "Bleu miel" - Ile Eniger - Editions Chemins de Plume
Une fanfare joue un disque de mémoire. Je m’élance au-dedans. C’est
presque un autre temps.
Ne dis rien, raconte,
Descendue de l’image de la fille en avion, tu les as parcourus ces longues
routes longues, ces terres bras tendus, ces granges de westerns aux drôles
de chapeaux, ces villages isolés de vieux films irlandais. Tu les as
approchées ces dormances de lacs qui s’inventent des fées, ces bisons
légendaires, ces framboises géantes, ces façades de bois traversées de
fantômes, ces pas de mocassins dans l’âme des poussières, ces ponts
enferraillés de dentelles solides menant aux cœurs des villes. Et tu les
as aimés ces théâtres perdus, retrouvés dans les arbres à la croisée des
rangs. Cette parole nue en tréteaux et en planches, la voyageuse qui
bouleverse. Je ne suivrai plus l’écriture de la même façon. Pour les mêmes
raisons que là-bas il n’y avait pas de raisons. Que des graines et de
l’eau, une poignée de sel.
Ne dis rien, raconte,
Pas de fureur du monde, mais des choses, des gens, qui habitent la neige
en carte de Noël. Et qui s’abritent en gestes élémentaires. Ils sont nés
depuis peu, ils en gardent l’élan et la place du simple. En bas des
thermomètres, ils espèrent l’été. L’été, ils ensemencent. Ils sont avec
ferveur. Leurs lessives se mouillent sur des cordes à linge qui sont là
pour chanter. Chanter, ils chantent tous. Ou presque. Ils sculptent ou ils
écrivent, peignent ou dessinent des jardins. Ils sont la vie sans
argumentation. Ma vieille Promenade, vaniteuse et fardée, n’en croirait
pas ses artifices, "des Indiens dans la ville !". Ils sont l’exact d’avant
les artefacts. Des chercheurs d’un autre or, t’es-tu entendue dire,
étonnée de le dire.
Ne dis rien, raconte,
Ils amourent des blondes de toutes les couleurs, circulent dans des chars
qui vont magasiner. Ils défendent leur langue comme l’oiseau son nid. Ils
prennent des cafés sur des chaises berçantes qui ont vu leurs
grands-mères. Autour de leurs maisons courent des galeries sans volets ni
serrures. Ils ont la table mise comme une main ouverte. Les eaux de leurs
cascades enjouées et glaciales éparpillent leurs jupes. J’ai même vu un
cheval entrer dans un salon, pivoter sans casser les guitares, et repartir
joyeux retrouver son jardin. Ils vivent l’essentiel. Ils s’appellent
Jean-Marc, Yves, Jojo et quelques autres. Ils parlent de leur fleuve comme
on parle de soi. Leurs cadeaux sont gratuits et leurs rires sonores.
Quelqu’un m’a dit, raconte, raconte ton pays. Comment dire le luxe inutile
et clinquant, les valeurs ajoutées et le vieux continent qui meurt de
suffisance. J’ai eu honte soudain. Leurs paysages nus vivent plus loin que
nos affiches.
Ne dis rien, raconte,
Je ne connaissais pas des espaces aussi grands. Un chat avait perdu ses
griffes. Un homme trouvait de l’eau. On mangeait du fromage à n’importe
quelle heure, en petits dés de lait. Ma langue s’en souvient. Des oies
sauvages enseignaient l’alphabet au troupeau des nuages. Une souris
faisait danser la boîte à céréales. Des écureuils filaient sur des pistes
d’envol. Le sucre tombait des arbres. J’ai même caressé un loup. Personne
ne voudra me croire. Et la musique. La musique partout. Pour les plantes,
pour les bêtes, pour nous. La veille du départ, la fanfare jouait, les
gens me tutoyaient et semblaient me connaître. Ils m’entraient dans leurs
mains, leurs sourires, leurs lieux, leurs gestes, dans leurs mots, ou
est-ce le contraire. Ils riaient du décalage horaire. Et aujourd’hui
demain, hier pour l’origine. J’en perds la précision.
Ne dis rien, raconte,
Ai-je rêvé qu’ils déplacent parfois une maison sur des grands skis de bois
? Qu’ils bûcheronnent des tonnes et boivent plus que boire ? Que la
lumière pleut dans la pluie des érables ? Que les ours de tous contes
vivent dans leurs forêts ? Ils sont l’autre parcours. C’était un autre
temps. Je le nomme aujourd’hui, pour le plaisir, la certitude. Un murmure
puissant, le grondement en fête d’un sous terre irrigué. Ils sont l’érable
rouge qui embrase la neige. Ils fixent la photo d’une rétine neuve. Une
fanfare joue. C’est hier ce matin. Ils sont l’exact, et tu l’écris.
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Extraits de "Terres de Vendanges", Éditions Chemins de Plume
C'est d'un cahier ouvert sur un coin de table que je ne dirai rien. Les
jeux, les séductions, les artifices, j'y pense quelquefois, mais le simple
me rattrape. L'éternuement d'un chat, le sang d'un géranium, une jacinthe
pâle accouchée de la nuit, la mer à ma fenêtre. Toute chose accoudée à la
table du jour. La grâce du peu décape l'inutile. Nettoie les outils. La
soupe dans le bol, le repos de la terre, écrivent mieux que moi une lettre
d'amour.
Les dernières sutures n'y pourront rien changer, les feuilles désertent.
L'automne fait ses feux. Les jours empilent leurs caillasses grises. Un
grésil glace l'herbe. L'exil ferme les nids. Le gel lace la terre. Le ciel
tombe. Une grenaille d'eau mitraille les façades. Plus rien n'aura la
force. La menace creuse le coeur des pierres. Les vignes pleurent. Le
froid chasse les insectes. Des bémols au soleil éteignent sa portée. Le
clocher timbre sourd. Les cailloux ballottés ravinent le chemin. Ne
s'attarde plus l'heure, ni la fleur, ni la soif des fontaines. L'austère
ratisse large.
Le ciel s'appuie sur ma terrasse. Simple bleu. Sans effets. Sans style.
Sans vocation. J'écris de lui. Qui ne le sait pas. Un thé blanc
m'accompagne. Du miel, résidu d'abeilles. Les yeux d'une orchidée
traversent les quartz sur l'étagère. Force violette. J'écris à verse. La
fenêtre fait l'échappée belle. Des montagnes à la mer, la neige troue ses
robes où s'agite le vent. Une mésange huppée, drôle d'oiseau frisé, mange
des graines dures. La chatte dans le jardin surveille ses petits. Touchée
comme une femme, la terre fermentée fait ses premières fleurs. Le cycle
recommence.
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Extrait de "L'inconfiance", Éditions Collodion
Elle sait les manques, les chemins à rebrousse jeunesse, les miroirs
perfides, les carrefours, l’embuscade des sillons, tous les
fléchissements. Elle sait les traîtrises d’automne, la lumière crue, la
lumière nue qui appelle le corps par son âge. Elle sait l’inconfiance
malgré la violence des désirs. Alors, elle voile la chute, protège
l’intime, cherche la distance. Elle masque la peur, marche et sait qu’elle
ne court plus. La cruauté naturelle ne laisse aucun doute, la route est
plus courte. Pourtant, elle y boit toujours le soleil d’un trait. Encore
son pas réunit l’eau et le galet. Doit-elle dire je quand elle parle
d’elle ? A les voir se chercher, je me dis qu’il faut du temps pour
joindre les deux bouts d’une femme.
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Extrait de "Du Feu dans les Herbes" Éditions Cosmophonies
Une odeur de printemps attise les bourgeons. Des arbres serruriers ouvrent
l’enchantement. Pommiers de fêtes, veines de feuilles, projets d’aubépine.
Un frémissement parcourt l'angélus qui bouscule le silence. L'horloge
s’épuise à dicter sa logique. Aux rideaux des façades les volets ne
battent plus pour appeler à l’aide. Un plaisir visite les ramures. Rien
n’arrête la course du vivant. Et le vieux monde, par un soleil de plus,
pardonne encore à ses bourreaux.
Ile Eniger © http://terresdevendanges.over-blog.com
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