
| Né de parents belges émigrés, Jean KOBS voit le jour le 12 avril 1912
à Hayingen (Elsass-Lothringen).
Des débuts de la Première Guerre mondiale jusqu’en 1919, il séjourne à Houffalize en Belgique. Il fait ses études au Petit Séminaire de Bastogne (1923 à 1932) et puis au Grand Séminaire de Namur (1932 à 1936). Une fois les études terminées, il est ordonné prêtre et devient, en
1937, vicaire à Barvaux-sur-Ourthe. Il sera curé d’abord à Dinez-Houfalize
(1942-1958), puis à Dave-sur-Meuse (1958 à 1977). |

| Automnale Lorsque le vent du soir fait gémir les vieux arbres Qui se penchent tremblants sur les sentiers déserts Et quand le jet d’eau pleure en la vasque de marbre, La nuit s’en vient vers moi pour me chanter des airs. Elle a peur de rester dans le jardin d’automne Ou de marcher dessus les feuilles du tilleul, Et pour passer le temps pénible et monotone Elle tâche de voir si je suis vraiment seul. J’entends ses petits pas près des portes dallées Et vois cligner ses yeux dans le fond du jardin ; Son écharpe d’argent glisse par les allées : Elle voudrait venir près de moi, c’est certain. Alors, n’en pouvant plus, j’entr’ouvre la fenêtre : Elle avance à pas lents en dessous du balcon, Et je sens son soupir frileux qui me pénètre Et sa main caressante à l’entour de mon front. Car elle sait combien sa présence m’enchante : Si je n’étais pas seul je ne la verrais pas, Et n’entendrais jamais sa complainte touchante Habile, au fond du cœur, à l’infiltrer tout bas. Et nous restons ainsi, très longtemps, solitaires, À nous dire à mi-voix notre songe secret ; Mais qui pourrait jamais savoir le rythme austère Du monde, que la Nuit ne livre qu’à regret. Le Voyageur Tu savais que mon cœur aurait soif de beauté Et semas sur mes pas tes splendeurs naturelles ; Aussi bien chaque fois, en me penchant sur elles, N’ai-je point entendu l’infini chuchoter. Je vous vis sur les eaux, étoiles, clignoter ; Ô roses du jardin, comme vous étiez belles ; Sur ces rives j’avais, ô mouettes, vos ailes ; Vagues, parfums, sur vous ma peine a su flotter ! Mais de tous les pays, un seul sans fin m’enivre ; Ont-ils saisi le chant de la douceur de vivre Ceux qui n’ont pas connu les lacs italiens ! À cette heure où je vois tomber le crépuscule Je me sens attaché par de puissants liens Aux seuls ciels où ton nom comme une étoile brûle. Argile Puisque Dieu mit son cœur dans l’argile ou la glaise Dont il ne sait que trop comment il est pétri, Il n’est pas surprenant que l’homme soit meurtri Et ne s’y sente point fréquemment à son aise. Or sans ses yeux luisants et leur regard de braise, Sans cette oreille fine et sa langue et son cri, Sans son flair et ses mains, qu’eût-il enfin chéri, Qui puisse contenter son âme en son malaise ? L’homme doit se servir en tous lieux de ses sens, Afin de pénétrer des êtres le vrai sens, Comme le statuaire avec ses doigts agiles ; Et si son cœur a su, pendant le cours du temps, Lire le sens de l’âme en la forme d’argile, Il verra l’éternel couronner ses instants. À Metz Que de fois j’aurai fait ces belles promenades Donnant à Metz un charme ignoré de Nancy Lorsqu’à chaque saison mon tout premier souci Était d’aller rêver le long de l’Esplanade. J’admirais, appuyé contre la balustrade, Surplombant les canaux de l’île du Saulcy Des temples et des jardins le tableau réussi Quand la lumière, au soir, plus fine, se dégrade. Ai-je pris et repris l’escalier somptueux Menant auprès du lac, aux sentiers sinueux D’où j’aimais voir passer, puis repasser les cygnes. Si ces lieux à jamais me sont demeurés chers, C’est qu’ils m’ont su donner jadis la grâce insigne D’y sentir la Beauté surgir en un éclair. La Paix Bien que, pour mon repos, j’habite les hauteurs, Comme pour mieux sentir le soir des jours descendre, Sur ce corps qui trop tôt ne sera plus que cendre, Je veux créer avant de voir le Créateur. Puisqu’est fini mon temps de vieux prédicateur N’ayant plus rien à dire, à présent je dois tendre À cette écoute en moi de la voix grave et tendre Où l’Éternel enfin me parle avec splendeur. Je voudrais tout noter avant de disparaître Tout ce que j’ai saisi du mystère de l’être À l’heure des adieux à ce monde changeant. Comme aussi je voudrais dire ma gratitude Au cœur à qui je dois la douceur de ce chant Modulé dans la paix et dans la solitude.
Kobzar Jean KOBS _____________________________________________________ N.B. Merci à Laurent FELS pour cette référence ! _____________________________________________________ accueil de La Poésie que j'aime ...
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